vendredi 5 septembre 2014

Alban était un garçon de neuf ans, ses cheveux bruns étaient entre bouclés et raides, un étrange mélange comme s'il ne s'étaient pas encore décidés, ses yeux étaient d'une couleur marron et n'avaient rien de particulier, d'ailleurs personne ne le regardait jamais vraiment dans les yeux. Pour son âge il avait une taille normale, quoi qu'il serait un peu trop petit d'après sa voisine qui le comparait constamment a son propre fils quand il avait l'âge d'Alban. Donc Alban avait une taille moyenne, mais un poids démesuré. Il était ce qu'on pouvait appeler un enfant obèse. Il avait selon les dires des grandes personnes "un excès de poids par augmentation de la masse adipeuse". Pour Alban cette phrase, qui revenait constamment dans la bouche de sa mère comme pour se justifier auprès de leur voisine, n'avait pas trop de sens. Il avait beau y réfléchir, essayer de le sentir dans son corps, il ne ressentait jamais sa masse adipeuse augmenter, d'ailleurs il ne savait même pas ou cette masse était située. Il avait un excès de masse un peu partout, dans les cuisses, dans les joues, dans les avants bras et même dans les genoux et a l'intérieur du coude! On pourrait croire qu'Alban était malheureux a cause de son surpoids mais en faite il s'en fichait, ou même, c'était sa force a lui. Il était gros, très gros et c'est ce qui faisait qu'il était différent, qu'on le regardait, lui, dans la rue, et pas un autre enfant insignifiant. Même il était fier d'avoir pu manger autant, emmagasiner autant de graisse, pour atteindre un poids si spectaculaire pour son âge, enfin c'est ce dont il s'était convaincu, que son poids était un choix. Et puis, aussi loin que lui remontait ses souvenirs il était déjà gros dans le ventre de sa mère. Alban n'avait pas beaucoup d'amis, il pensait qu'il impressionnait les autres enfants de son âge à cause de sa masse. Et puis il n'avait pas besoin des autres. Il avait déjà beaucoup de mal a comprendre le comportement des personnes qu'il l'entouraient. Comme son père par exemple, lui, travaillait dans le monde de la finance, quand Alban lui avait demandé une fois en quoi ça consistait exactement, son père lui avait répondu qu'il devait fournir l'argent nécessaire a la réalisation d'un projet économique. Alban était persuadé que les adultes utilisaient des mots compliqués pour lui répondre afin qu'il arrête de poser des questions. Pourtant lorsqu'ils parlaient entre eux les adultes utilisaient un vocabulaire et des propos qu'Alban comprenaient. Il n'y avait que le fils de la voisine qui parlait normalement, enfin pas tout a fait normalement, mais plutôt comme un gros débile. Alban trouvait que le fils de la voisine était un gros débile, sa mère lui avait dit que c'était la crise d'adolescence. Mais bon, Alban allait quand même voir le fils de la voisine car il faisait parti des gens qu'il devait côtoyer. Il avait fait une liste des gens qui gravitait autour de lui. Il y avait lui, sa mère, son père, la voisine, le fils de la voisine et le facteur. Car Alban aimait bien le facteur. Pour le reste des gens Alban ne se sentait pas obligé de leur parler ou de même s'y intéressé, ce qui lui posait quelques problèmes a l'école. Mais bon Alban n'était pas un mauvais élève. Il faisait le travail qu'on lui demandait, rentrait de l'école toujours par le même chemin, attendait toujours que le bonhomme du passage piéton passe au vert, puis au rouge, puis au vert avant de traverser et s'empressait de rentrer chez lui pour prendre son gouter. Des fois après ses devoirs, quand il n'y avait rien a la télé Alban allait voir le fils de la voisine car même si c'était un gros débile, le fils de la voisine lui racontait des choses du monde extérieur, comme ça Alban n'avait pas besoin d'aller dehors. Il lui disait par exemple que dans la rue il y avait pleins de machine pour retirer de l'argent, mais il faut une carte, que sa mère en a une, et que la mère d'Alban surement, qu'il faudrait qu'il emprunte un jour la carte de sa mère, comme ça ils pourraient acheter tout ce qu'ils veulent comme une tonne de sucre pour Alban, car le fils de la voisine savait qu'Alban aimait bien tout ce qui était sucré comme le sucre par exemple, mais il ne faudrait pas se faire choper par la police. Car la Police, elle vous attrape et elle vous mets en taule. La taule c'est une toute petite chambre, sans fenêtre, sans lit, ou tu ne peux même pas sortir pour faire pipi, alors tu fais tes besoins dans un coin, et la Police elle rigole quand elle te voit faire tes besoins dans un coin comme un petit animal. Depuis Alban a une peur bleue de la Police. Il change de chaîne dès qu'il voit un policier a la télé et essaye de se faire tout petit quand il en croise dans la rue, mais c'est pas facile a cause de sa masse. c'est peut être le seul moment ou sa masse lui pose problème, mais il préfère ne pas y penser car ça remettrais tout en question, tout son choix de vie. Et c'est un gros travail d'être aussi gros, il doit manger tout le temps, même quand il n'a pas faim, et ça lui laisse moins de temps pour faire les autres choses. Comme par exemple sa collection d'image de dictateur. Alban collectionne les images de dictateurs. Il en a des très belles de Berlusconi, ça, ça à été facile car un moment Silvio était en photo dans tous les magasines que sa mère achetait, pour les autres qui sont morts c'est plus durs, Alban va, en douce, découper des images dans les livres d'histoire de la bibliothèque de l'école. Il en a maintenant plus de 200, des images de Franco, Pinochet, Staline, Moubarak, Bouteflika. Il ne sait pas trop pourquoi il collectionne ça, peut être parce que les dictateurs, eux aussi, impressionnent les gens. Et puis il trouve que les dictateurs ils ont toujours des noms cools comme Papadopoulos ou Mobutu Sese Seko. Alban ne veut pas pour autant devenir dictateur plus tard, il en a parlé avec son père, et a appris que les dictateurs n'ont pas fait que des belles choses. En même temps Alban ne trouve pas que les grandes personnes fassent de belles choses en général. Lui quand il sera une grande personne, il sera tellement entrainé qu'il pourra manger ce qu'il veut, il pourrait même manger un gigantesque pain de 38 mètres de haut si ça lui chante. Et tous les autres ils seront trop impressionnés, eux qui n'arrivent même pas à finir leur saucisse lentille a la cantine!  Alban, lui, il finit toujours son assiette il faut bien qu'il s'entraine. Alors il mange en attendant que vienne ce jour.

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