Oyez !
vendredi 31 juillet 2015
Un matin comme les autres
Des hurlements. Non, des cris d’enfants, ainsi que des marchandages, un bruit continu de circulation, un marché, sûrement le matin, c’est donc un méridien proche. C’est une ville, pauvre, au vu du brouhaha. Au moins je suis sur terre et non au milieu d’un océan, mes matins sont toujours difficiles, mais de tous, les réveils marins sont les pires. Des nombreuses interrogations qui me taraudent, celle ci est dans le haut de la liste: si la surface de la planète est recouverte aux ¾ d’eau, pourquoi je ne me réveille pas plus souvent dans celle ci ?
En ouvrant les yeux, je découvre mon environnement, je suis en hauteur, sur le toit plat d’un cabanon. Une forêt de bâches bleues s'étend sous mes yeux, à l’odeur, je crois reconnaître une odeur de café et de riz, puis une odeur de friture me décide enfin à me relever et aller chercher le petit déjeuner. Pour commencer, un money changer, c’est le plus simple moyen pour avoir des informations sur le pays et surtout quelques pièces pour faire mes emplettes. Alors ok, dormir en basket c’est pas sexy, mais franchement, vu l’état de la ruelle que je traverse, un grand sourire me monte aux lèvres face à cet obstacle que je n’ai pas à franchir.
Rapidement, je tombe sur une vitrine couverte d'autocollants “Mastercard” / “Visa” / “Amex” / … La boutique vend aussi de grands flacons de verre rempli d’une substance couleur pisse stockés à l'extérieur. Sur une publicité délavée, on peut lire “kokoh tak tertanding”, cette langue ne me dit rien. Sans hésiter, je rentre. Un vieil homme occupé à trier des caillou me jette un regard attentif; de ma poche, je sors un billet de 10 dollars, il comprend alors ce que je veux et me donne en échange une liasse de 10 billets de 1000 sur lesquels sont écrit les mots “BANK INDONESIA”.
samedi 18 juillet 2015
- Allez-y, racontez-moi l'affaire.
- Alors voilà, je suis psychanaliste lacanienne, je travaille dans un cabinet dans le huitième, et c'est une histoire compliquée, une de mes clientes, ancienne cliente probablement, j'aimerai déposer une main courante, disons que j'ai des inquiétudes, et récemment, il s'est passé quelque chose lors de la dernière séance et...
A ce moment là, la petite vieille continue de parler, mais Jérémie, le jeune agent de la police municipale ne l'écoute plus ; il est huit heures dix, il n'y a que les personnes âgées comme on doit dire, pour venir déposer une plainte à cette heure là. Le matin, Jérémie n'est jamais vraiment réveillé, le premier café ça suffit pas, et le deuxième, c'est pas avant dix heures, à cause du coeur, c'est quand même con à dix-neuf ans d'avoir des problèmes cardiaques. Redressant ses épaisses lunettes sur lesommet de son nez, Jérémie essaye de reconcentrer sur la voix désagréable de "Catherine Aschenbrenner, née le 19 octobre 1954 à Montigny le Bretonneux", dont il commence à remplir la plainte selon la méthode indiquée par le formulaire.
- Mais c'est quoi son problème ?
- On ne peut pas dire qu'elle soit folle, mais elle a des problèmes, elle a été traumatisée au sens de Freud lors d'un événement dramatique survenu voilà plusieurs années, un choc si vous voulez, mais sa condition empire, elle est récemment passée par une phase maniaco-dépressive importante dont elle vient, je le crains de sortir grâce à cette explosion, et j'ose à peine exagérer l'expression, pour entrer dans une nouvelle phase que je qualifierais par contre sans difficulté de dangereuse.
Elle prononce dangereuse comme si j'étais un agent secret se dit Jérémie qui griffonne sur le formulaire au lieu de prendre des notes. Il se dit qu'un lundi pareil, ça annonce une mauvaise semaine. Puis après, y avoir réfléchi un instant pendant lequel il a du mal à détacher le regard des mains ridées de la vieille, il se dit qu'il n'y a, dans une semaine, aucun bon jour, ou plutôt que chaque jour possède une unique version parfaite de lui, le lundi de Pâques, Jeudi de l'Ascension, Mardi Gras, et le Mercredi des cendres, qui était férié aux Antilles, où il faisait si beau, et si chaud, quand il était petit ; c'est bizarre qu'il n'y ait pas de Mercredi férié, quand même, non ? Aucune importance, les autres en sont des copies ennuyeuses et ratées où il est condamné à se lever et à traverser la ville dans le froid du matin pour rejoindre le commissariat du huitième.
Une heure plus tard, le Commissaire Frangeot, arrivant en retard à son bureau, trouva sur le clavier de son ordinateur, cet étrange mémo :
Enquête ?
Florence Pruche
(Obèse dépressive folle)
veut tuer (d'après sa psy)
J. Martin de TF1.
Dans le prochain, il faudra mettre au moins cinq fruits ou légumes !
- Alors voilà, je suis psychanaliste lacanienne, je travaille dans un cabinet dans le huitième, et c'est une histoire compliquée, une de mes clientes, ancienne cliente probablement, j'aimerai déposer une main courante, disons que j'ai des inquiétudes, et récemment, il s'est passé quelque chose lors de la dernière séance et...
A ce moment là, la petite vieille continue de parler, mais Jérémie, le jeune agent de la police municipale ne l'écoute plus ; il est huit heures dix, il n'y a que les personnes âgées comme on doit dire, pour venir déposer une plainte à cette heure là. Le matin, Jérémie n'est jamais vraiment réveillé, le premier café ça suffit pas, et le deuxième, c'est pas avant dix heures, à cause du coeur, c'est quand même con à dix-neuf ans d'avoir des problèmes cardiaques. Redressant ses épaisses lunettes sur lesommet de son nez, Jérémie essaye de reconcentrer sur la voix désagréable de "Catherine Aschenbrenner, née le 19 octobre 1954 à Montigny le Bretonneux", dont il commence à remplir la plainte selon la méthode indiquée par le formulaire.
- Mais c'est quoi son problème ?
- On ne peut pas dire qu'elle soit folle, mais elle a des problèmes, elle a été traumatisée au sens de Freud lors d'un événement dramatique survenu voilà plusieurs années, un choc si vous voulez, mais sa condition empire, elle est récemment passée par une phase maniaco-dépressive importante dont elle vient, je le crains de sortir grâce à cette explosion, et j'ose à peine exagérer l'expression, pour entrer dans une nouvelle phase que je qualifierais par contre sans difficulté de dangereuse.
Elle prononce dangereuse comme si j'étais un agent secret se dit Jérémie qui griffonne sur le formulaire au lieu de prendre des notes. Il se dit qu'un lundi pareil, ça annonce une mauvaise semaine. Puis après, y avoir réfléchi un instant pendant lequel il a du mal à détacher le regard des mains ridées de la vieille, il se dit qu'il n'y a, dans une semaine, aucun bon jour, ou plutôt que chaque jour possède une unique version parfaite de lui, le lundi de Pâques, Jeudi de l'Ascension, Mardi Gras, et le Mercredi des cendres, qui était férié aux Antilles, où il faisait si beau, et si chaud, quand il était petit ; c'est bizarre qu'il n'y ait pas de Mercredi férié, quand même, non ? Aucune importance, les autres en sont des copies ennuyeuses et ratées où il est condamné à se lever et à traverser la ville dans le froid du matin pour rejoindre le commissariat du huitième.
Une heure plus tard, le Commissaire Frangeot, arrivant en retard à son bureau, trouva sur le clavier de son ordinateur, cet étrange mémo :
Enquête ?
Florence Pruche
(Obèse dépressive folle)
veut tuer (d'après sa psy)
J. Martin de TF1.
Dans le prochain, il faudra mettre au moins cinq fruits ou légumes !
jeudi 2 juillet 2015
Elle rappe sa langue contre ses incisives écœurée par le goût de vomi qui s'est répandu de sa trachée jusqu'à ses gencives... Elle toussote, tire une gueule pas possible derrière son rideau de cheveux à la teinture rouge décrépie. Abattue dans le fond de son canapé mauve, elle semble maintenant méditer comme pour mieux renaître et émerger de son vomi verdâtre.
-Là c'est pas bon signe...
Elle songe, s'interroge, soupir puis s'interroge à nouveau. Cette obsession qui la hante, ce culte de la diététique qui vient polluer son esprit... Cette quête de la perfection que les autres semblent suivre et qu'ils affichent à tous les regards n'étant que le reflet de ce que la société les a habitué à digérer depuis leur plus jeune âge. L'art d'idéaliser le corps pour donner l'illusion de nager toujours un peu plus dans le bonheur et s'épanouir d'avantage... Florence, elle, n'était pas épanouie, ces codes elles les vomissaient, c'était sa Kryptonit à elle.
Pourtant Florence le sait, elle est une force de la nature, ces gosses dans l'ascenseur, ils avaient fini par devoir monter les marches... La salle est plongée dans un silence glacial, seule sa respiration qui était sans doute sa part la plus masculine se fait entendre. Un avion finit par passer juste au-dessus de chez-elle la sortant brutalement de sa séance d'apnée. Elle se lève enfin, essore son peignoir à franges et grogne un coup tel un ogre prêt à en découdre. Puis, elle regarde son téléviseur brisé.
-Oui, c'est pas bon signe...
Elle sent finalement que ce pic de violence n'était pas comme les autres, qu'elle avait une sorte de sixième sens... Quoi qu'il en soit, il était grand temps pour elle de se farcir une flamenkuch nappée de nutella.
Prochain mot: Mardi gras
Prochain mot: Mardi gras
mardi 30 juin 2015
En rentrant dans son appartement, et avant même d'avoir ôté son manteau, Florence avala le reste de flamiche aux poireaux de la veille, la fin d'une lasagne surgelée et un sandwich pain-jambon-mayonnaise. Physiquement alourdie mais nullement calmée, elle sortit une bouteille de Badoit du réfrigérateur et rejoignit les profondeurs de son canapé de cuir mauve.
L'envie qui la prend aussitôt, elle ne pourrait l'expliquer, il n'y a pas de mots pour la décrire à cette imbécile de Lacanienne ; tout n'est pas que concept, la vie ne se déroule pas que dans la tête, elle gronde à l'intérieur de son ventre, de sa poitrine, de ses mains crispées et tremblantes ; incapable de les contrôler, elle regarde sa main droite et sa main gauche se disputer les touches de la télécommande, qu'impossible à partager elles jettent, ensemble et avec violence à travers l'écran de la télévision.
Calée entre deux coussins, fatiguée plus qu'apaisée, elle enlève ses chaussures à talons plats, enfile une paire des charentaises fantaisies, un peignoir à frange et allume la télévision. Au journal, ils parlent surtout de pauvreté, de guerre et de faim, et aussi d'hommes politiques, mais Florence ne s'intéressent pas trop à la politique, alors elle change de chaîne jusqu'à tomber sur une émission musicale, ce sont ces préférées. Lorsqu'arrive la pub, elle ne zappe pas, elle sait qu'elle devrait, mais elle aime trop les publicités ; ce sont les respirations de la télévisions, des moments de plaisir, de joie ; les couleurs sont toujours agréables, les gens ont l'air gentil, plus humain que ceux dans la rue. Et soudain, il y a cette grande blonde, une fille de Suède ou du Nord Pas de Calais, elle découpe une flamiche aux poireaux pour sa famille, ils ont l'air si heureux autour de leur maman si belle et si mince, avec ses petites hanches et ses petits poignets qui s'agitent à mesure qu'elle tranche dans la croustillante pâte légèrement dorée puis dans l'onctueuse crème dont s'échappe de fins lambeaux de poireaux.
L'envie qui la prend aussitôt, elle ne pourrait l'expliquer, il n'y a pas de mots pour la décrire à cette imbécile de Lacanienne ; tout n'est pas que concept, la vie ne se déroule pas que dans la tête, elle gronde à l'intérieur de son ventre, de sa poitrine, de ses mains crispées et tremblantes ; incapable de les contrôler, elle regarde sa main droite et sa main gauche se disputer les touches de la télécommande, qu'impossible à partager elles jettent, ensemble et avec violence à travers l'écran de la télévision.
Derrière l'écran, il y a des tubes, des tubes, derrière l'écran, il y a des tubes, alignés, parallèles, impeccables de droiture, et à leur vue, son estomac se contracte, son tube, à elle, digestif, épais, incontrôlable se remplit trop vite d'un liquide amer qu'elle ne parvient pas à retenir ; la blonde imbécile continue à parler au travers des deux enceintes du téléviseur pourtant brisée, et lorsque, d'une voix tellement fausse, elle s'exclame, miam, miam, miam, Florence ne peut se retenir de vomir sur la table basse.
Le prochain mot, c'est Avion.
vendredi 26 juin 2015
Trois ans plus tard, au même moment, dans un bar de la rue du Bois Nouveau, une femme à l'apparence rachitique dans un grand imperméable beige sirote un verre de whisky tout en passant la main dans sa tignasse.
A chaque fois qu'elle tend son verre à sa bouche, ses mains tremblotent faisant cliqueter ses fins bracelets en or et laissant tomber ses bagues le long de ses doigts osseux. Elle est assise là, au bout du bar comme plongée dans les ténèbres, seule avec le poison qui la soulage.
-"Va peut être falloir songer à se calmer sur la bouteille ma p'tite dame !"
Le barman la regarde en faisant un rictus tout en s'essuyant les mains.
La femme remonte son imperméable sur ses épaules puis d'un trait, termine son verre et le repose violemment sur le bar.
-"Si je puis me permettre, j'trouve que vous vous la jouez un peu trop... Allez, ça ira mieux demain !"
La tête rentrée dans les épaules, les cheveux descendant en cascade sur son visage, elle fait l'air de ne rien entendre et sort de l'établissement en marchant péniblement, prête à se rétamer sur le trottoir à tout moment. Dehors, c'est l'effervescence, plein de gens marchent blottis dans leurs manteaux d'hiver. A aucun instant elle regarde devant elle, seuls ses pieds sont sa raison d'être. Elle slalome entre les gens encore quelques pas, puis s'engouffre dans une ruelle pour atteindre la porte de son immeuble.
Elle claque la porte, se précipite ne manquant pas de faire raisonner ses talons contre les marches puis arrive enfin chez elle, l'appartement est sombre, un endroit parsemé de silhouettes où tout semble s'être figé dans le temps. La pièce principale s'illumine, elle marche d'une allure maladroite à travers elle tout en prenant soin d'éviter tout un bazar de vêtements et de détritus pourrissant sur place depuis trop d'années.
Elle finit par atteindre la salle de bain, laisse tomber son imperméable le long de son corps pour le laisser à même le sol. Elle se désape violemment, l'air énervée comme si tout le poids du monde s'abattait sur elle. Son visage bercé entre ses longs cheveux blonds ne laisse apparaître que de temps en temps ses traits d'agacements et des rides plus creuses que de l'écorce. Elle finit par être entièrement nue et commence à faire couler un bain. Elle prend une bouteille de bourbon laissée sur la cuvette des chiottes qu'elle avait déjà à moitié entamée la veille. Avant d'en boire une vive gorgée, elle se contemple dans le miroir. Son corps est squelettique, semblables à celui d'une momie mais recouvert de bleus, sans aucun doute dû aux innombrables chutes dans lesquelles l'on entraîné l'alcool.
Elle boit, puis re-boit pour apaiser sa douleur. Puis elle se penche tout en dégageant ses cheveux pour mieux observer son épaule gauche. Six petits trous y sont alignés, des petits points qui semblent signifier que tout cela a beaucoup trop duré...
-"Demain, j'arrête de boire" se dit-elle.
Elle pose la bouteille tout doucement sur le rebord du lavabo. Elle repense à Florence, sa patiente obèse qui avait ravagé son bureau telle une tornade il y a quelques années.
-"Cette grosse botte de foin... Je vais la travailler à la fourche !"
Prochain mot: Flamiche aux poireaux.
A chaque fois qu'elle tend son verre à sa bouche, ses mains tremblotent faisant cliqueter ses fins bracelets en or et laissant tomber ses bagues le long de ses doigts osseux. Elle est assise là, au bout du bar comme plongée dans les ténèbres, seule avec le poison qui la soulage.
-"Va peut être falloir songer à se calmer sur la bouteille ma p'tite dame !"
Le barman la regarde en faisant un rictus tout en s'essuyant les mains.
La femme remonte son imperméable sur ses épaules puis d'un trait, termine son verre et le repose violemment sur le bar.
-"Si je puis me permettre, j'trouve que vous vous la jouez un peu trop... Allez, ça ira mieux demain !"
La tête rentrée dans les épaules, les cheveux descendant en cascade sur son visage, elle fait l'air de ne rien entendre et sort de l'établissement en marchant péniblement, prête à se rétamer sur le trottoir à tout moment. Dehors, c'est l'effervescence, plein de gens marchent blottis dans leurs manteaux d'hiver. A aucun instant elle regarde devant elle, seuls ses pieds sont sa raison d'être. Elle slalome entre les gens encore quelques pas, puis s'engouffre dans une ruelle pour atteindre la porte de son immeuble.
Elle claque la porte, se précipite ne manquant pas de faire raisonner ses talons contre les marches puis arrive enfin chez elle, l'appartement est sombre, un endroit parsemé de silhouettes où tout semble s'être figé dans le temps. La pièce principale s'illumine, elle marche d'une allure maladroite à travers elle tout en prenant soin d'éviter tout un bazar de vêtements et de détritus pourrissant sur place depuis trop d'années.
Elle finit par atteindre la salle de bain, laisse tomber son imperméable le long de son corps pour le laisser à même le sol. Elle se désape violemment, l'air énervée comme si tout le poids du monde s'abattait sur elle. Son visage bercé entre ses longs cheveux blonds ne laisse apparaître que de temps en temps ses traits d'agacements et des rides plus creuses que de l'écorce. Elle finit par être entièrement nue et commence à faire couler un bain. Elle prend une bouteille de bourbon laissée sur la cuvette des chiottes qu'elle avait déjà à moitié entamée la veille. Avant d'en boire une vive gorgée, elle se contemple dans le miroir. Son corps est squelettique, semblables à celui d'une momie mais recouvert de bleus, sans aucun doute dû aux innombrables chutes dans lesquelles l'on entraîné l'alcool.
Elle boit, puis re-boit pour apaiser sa douleur. Puis elle se penche tout en dégageant ses cheveux pour mieux observer son épaule gauche. Six petits trous y sont alignés, des petits points qui semblent signifier que tout cela a beaucoup trop duré...
-"Demain, j'arrête de boire" se dit-elle.
Elle pose la bouteille tout doucement sur le rebord du lavabo. Elle repense à Florence, sa patiente obèse qui avait ravagé son bureau telle une tornade il y a quelques années.
-"Cette grosse botte de foin... Je vais la travailler à la fourche !"
Prochain mot: Flamiche aux poireaux.
Trois ans plus tard ; la nuit tombait sur la maison au bord du Nil. Grizzli, assoupi sur son sofa, sirotait un Cognac du cru, profitant du doux sirocco du soir, quand un driiiing bruyant sonna non loin. Grizzli, aussitôt, trottina jusqu'au salon dans son pyjama gris. La voix qui lui parvint criait dans la radio : "Allo ? Allo ? Allo ?"
- Oui ?
- Aah ! Salut Grizzli, ici Franck ! annonça-t-il, plutôt jovial. Ca va, toi ? Ca fait un bail !
- Bonjour Franck. Ca va. Toi ?
- Oh, moi, tu sais, aujourd’hui, ça va, ca va, sans plus mais ça va... Puis, il ajouta, modifiant sa voix pour avoir l’air plus dur : j’ai un plan pour toi.
- Un plan ? Vas-y, dis.
- Alors, voilà, ta mission… Non, d’abord : si tu faisais ça, pas trop tard, ça m’irait.
- Où ? Quand ?
- Tu fais quoi lundi ? Tu pourrais voir pour mon truc, tu crois ?
- Lundi ? Non. Pas un jour pour du boulot ; mardi plutôt ; ça irait, mardi ?
- Mardi ok.
- D’ici là, dis-moi plus sur tout ça.
- Alors voilà, il y a la nana qui…
- La nana ? Qui ?
- Floflo, son « surnom », pour l’anonymat, arriva dans la nuit du six à mon placard à balai. Floflo voulait savoir à propos du Grizzli. J’ai dit, « l’ours ? Il vit au Canada ! », mais la nana a pas du tout ri. Floflo ajouta cash, non, « l’assassin, pour un travail ». Alors tu vois, j’ai dit, hola, y a pas du tout ça dans mon magasin, mon gars ! Quand, là, soudain, la nana bondit sur moi, fou ! Cris, coups, crachats, ça rigolait plus du tout. Puis profitant du bazar, Floflo, la dingo, attrapa ma main dans son gros bras mou : « Si tu dis pas tu vas voir ! », la nana cassait mon doigt. Mon joli doigt. Alors j’ai dit, « bon, bon, allons » puis quoi ? J'allais pas mourir, alors, bah, j’ai pris mon Motorola.
- Passons. Où ?
- Pas loin, ma foi, à Paris !
- Trop cool... Ta nana à l’air chic ?
- Oui, pourquoi.
- Floflo, ajouta-t-il d’un ton idiot, doit un million à l’organisation. Du dollar, obviously.
- Oui, oui... On aura ça, dans un bon timing.
- Bon, parfait. Alors, pour finir, dis moi qui ?
- M. Martin. Un gars sur TF1. L'alcool du fan ?
- Jamais vu.
Il laissa la radio sur on, puis, d'un coup, sans un mot, Grizzli toujours assis dans son charmant salon où brûlait un carton odorant, dormit.
Il laissa la radio sur on, puis, d'un coup, sans un mot, Grizzli toujours assis dans son charmant salon où brûlait un carton odorant, dormit.
Le prochain mot c’est Effervescence.
jeudi 25 juin 2015
L'ascenseur a beau faire son travail d'ascenseur et surtout être l'une des rares choses à finalement supporter mon poids dans ce monde de maigrelets à culs plats je n'arrive tout simplement plus à respirer dans un espace si étroit... Je suffoque et tout mon visage dégouline de sueur comme si on venait de tirer la chasse en Ontario pour faire en sorte que je me prenne le Niagara sur la gueule, ici; entre ces quatre foutus murs !
Je remplis mes poumons du peu d'air qu'il reste dans la pièce, puis me met face au miroir histoire de faire le point.
Mes yeux n'arrêtent pas de faire du va-et-vient entre ma tête et mes bourrelets comme si c'était encore et toujours moi le problème ! La vérité c'est qu'elle l'a bien cherché cette sombre conne ! Elle se prétend psy mais n'est même pas capable de choisir les bons mots. Plutôt que l'épaule, j'aurais dû lui ratisser les loches tiens ! Elle aurait réalisé ce que c'est que d'avoir du volume au niveau du nombril...
Je fixe maintenant mon regard dans la glace, celui-ci semble s'assombrir... Respires, respires... Respires et mesure donc ta chance Florence, tu revis enfin, débarrasses toi du superflue et vas à l'essentiel. Chaque acte est justifié, tout cela a du sens tant que cet enfoiré de Jacques Mar... Soudain, l'ascenseur s'arrête, perdue dans mes pensées je me retourne tout doucement et la porte s'ouvre laissant entrer tout un groupe d'enfants noirs de tous les âges... Ils s'engouffrent dans la pièce tel un banc de poissons... Tout un banc de poissons, mais des poissons noirs.
"-Eh oh ! Laissez moi descendre !"
Les deux plus grands d'entre eux, me tournent le dos puis me serrent contre le miroir, m'empêchant de bouger les rotules.
"De l'aiiiir bordel ! laissez moi sortir !"
L'un d'eux tourne sa tête vers moi et me regarde du coin de l'œil:
"Tais-toi la grosse marmite, ou j'te fais cracher tes raviolis !"
Tous se mettent à rire en me dévisageant brièvement. Les portes se referment et l'ascenseur qui venait de finir de descendre remonte maintenant me plongeant dans une colère prête à exploser telle une bombe branchée à un minuteur... Compactée dans un coin, alors que je suis sensée dominer le moindre espace de toute ma grandeur, subissant le mépris et les injures de la meute, tout mon corps bouillonne et mes cheveux se hérissent.
Forcément, Jacques Martin allait encore devoir attendre.
Prochain mot: Grizzly
Je remplis mes poumons du peu d'air qu'il reste dans la pièce, puis me met face au miroir histoire de faire le point.
Mes yeux n'arrêtent pas de faire du va-et-vient entre ma tête et mes bourrelets comme si c'était encore et toujours moi le problème ! La vérité c'est qu'elle l'a bien cherché cette sombre conne ! Elle se prétend psy mais n'est même pas capable de choisir les bons mots. Plutôt que l'épaule, j'aurais dû lui ratisser les loches tiens ! Elle aurait réalisé ce que c'est que d'avoir du volume au niveau du nombril...
Je fixe maintenant mon regard dans la glace, celui-ci semble s'assombrir... Respires, respires... Respires et mesure donc ta chance Florence, tu revis enfin, débarrasses toi du superflue et vas à l'essentiel. Chaque acte est justifié, tout cela a du sens tant que cet enfoiré de Jacques Mar... Soudain, l'ascenseur s'arrête, perdue dans mes pensées je me retourne tout doucement et la porte s'ouvre laissant entrer tout un groupe d'enfants noirs de tous les âges... Ils s'engouffrent dans la pièce tel un banc de poissons... Tout un banc de poissons, mais des poissons noirs.
"-Eh oh ! Laissez moi descendre !"
Les deux plus grands d'entre eux, me tournent le dos puis me serrent contre le miroir, m'empêchant de bouger les rotules.
"De l'aiiiir bordel ! laissez moi sortir !"
L'un d'eux tourne sa tête vers moi et me regarde du coin de l'œil:
"Tais-toi la grosse marmite, ou j'te fais cracher tes raviolis !"
Tous se mettent à rire en me dévisageant brièvement. Les portes se referment et l'ascenseur qui venait de finir de descendre remonte maintenant me plongeant dans une colère prête à exploser telle une bombe branchée à un minuteur... Compactée dans un coin, alors que je suis sensée dominer le moindre espace de toute ma grandeur, subissant le mépris et les injures de la meute, tout mon corps bouillonne et mes cheveux se hérissent.
Forcément, Jacques Martin allait encore devoir attendre.
Prochain mot: Grizzly
Inscription à :
Articles (Atom)