Julianne avait 26 ans mais répondait toujours 22 lorsqu’on lui posait la question, ce n’était pas pour paraître plus jeune, loin d’elle ces questions de vanité, c’était juste qu’elle s’était faite dans sa tête des réponses toutes préparées à toutes les questions protocolaires que les personnes peuvent poser. Elle avait appris par coeur des réponses pour toutes les questions du genre:” Quel âge as tu? D'où viens tu? Que fais tu dans la vie?” Ce n’était pas dans l’idée d'être fidèle à elle même, ni pour ne pas dévoiler son intimité, c’était plutôt que lorsqu’on lui posait ce genre de questions, Julianne avait des millions de choses qui lui venait en tête, et ça allait a toute vitesse. Quand on lui demandait d'où elle venait, elle pensait à la ville ou elle était née, à la maison où elle avait vécue jusqu'à ses 5 ans, puis lui venait en tête son école primaire, le bac à sable, ses camarades, le pommier, la… Et pendant qu’elle pensait a tout ça, elle regardait bêtement la personne qui lui avait posée la question. Elle voyait bien que cette personne attendait une réponse rapide, et Julianne se demandait bien comment elle pouvait résumer tout ça et parfois ne savait que répondre. Alors pour éviter cette gène elle répondait comme une automate par des phrases apprises par coeur, 22 ans, de Lyon… C’était plus facile pour elle. Alors elle se faisait régulièrement une liste des questions qu’on pourrait lui poser avant d’affronter le monde comme elle disait. Et puis, elle trouvait ces questions très réductrices, pour elle, on ne pouvait pas y répondre simplement, d’ailleurs rien n’était simple pour elle. Elle n’aimait pas toutes ces conventions sociales, elle avait l’impression d’être fausse. Julianne s’habillait toujours de la même façon pour ne pas se faire remarquer et éviter des questionnements sur un moindre changement d'attitude. Cependant on ne pouvant pas dire qu’elle était inadaptée a la sociabilisation, elle avait depuis des années trouvé des parades pour que cela passe inaperçu. Julianne s’était alors persuadée qu’il y avait 2 mondes différents, le monde extérieur et le monde dans sa tête. Sa mère disait d’ailleurs d’elle, qu’elle était dans sa tête. Elle trouvait cette image assez vraie. Ce n’était pas de sa faute si dans son cerveau, tout se passait toujours beaucoup trop vite, comme un petit cirque miniature donnant douze représentations par jour. Elle aimerait souvent ne pas penser du tout. Elle essayait parfois. Mais des millions de trucs lui venaient inévitablement en tête. Des fois elle se répétait un mot idiot: luge multicolore, luge multicolore, luge multicolore, luge multicolore, luge multicolore, luge multicolore, pour que ses pensées se fixent la dessus, jusqu'à que ces mots n’aient plus de sens, qu’ils soient juste une suite de syllabes identiques et rythmées. Julianne avait peur du regard qu’elle renvoyait aux autres. Les gens pensaient que Julianne était bizarre mais elle, elle s’en foutait car elle savait bien que peu de personnes avaient, dans leur tête,un monde aussi riche que le sien. Et puis elle ne s'ennuierait jamais, elle n’avait qu’a se réfugier dans son monde intérieur car personne à part elle ne pouvait y entrer.
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