mardi 23 septembre 2014

"J'ai envie de pisser !"
"Retiens toi, t'as pas 5 ans."
"C'est chiant en même temps, viens on va fumer une clope ..."
"C'est toi qu'est chiant... Il a l'air con le clown, regarde, on dirait le mec de Marie, celui qui vend des pneus."
"Grave... viens, on fait juste une pause, en plus ils vendent du coca!"
"T'as soif ou t'as envie de pisser ?"
"Les deux!" Il réfléchit un temps puis ajoute "Plus pisser, mais tant qu'a bouger, j'aime bien l'idée de boire."
"OK, par contre, on évite le gars de l'entrée, celui qu'est maquillé en automate et qui s'amuse à faire peur aux gens."
"Tapette !"

Le public, composé d'une classe de maternelle, de quelques vieilles du quartier et de l'équipe du cirque miniature pour combler les sièges vides, reste de marbre face à ce départ qui n'est pas le premier de la représentation.
Le chien, dressé à se promener avec un chat sur le dos, roupille en attendant la fin du spectacle.
Le clown, toujours au milieu de la piste, empile des objets absurdes, chaises dépaillées, caisses à munitions, luge multicolore, outils, cheval à bascule, et prépare une chute pour clore ce numéro.

"Bon, alors, t'as fini ?"
"Mais ta gueule, si on se fait repérer à pisser dans l'écurie, on va passer pour des débiles, des cassos, ou pire, pour des chevaux !"
"Oui, mais j'm'ennuie, c'est pas drôle un cheval, et ça pue."
"Ils vivent dans leurs chiottes tu sais ... d'ailleurs c'est un peu les miens aussi maintenant."
"Et là, t'as fini ?"
"Oui."

Le chemin pour retourner à la buvette est semé d’embûches, il faut se glisser sous des bâches, entrer dans le chapiteau principal pour éviter d'être repéré par les forains, puis ressortir à nouveau pour arriver dans le "hall". Au comptoir, perchés sur un tabouret, un garçon en train d'essuyer ses larmes se remet de sa frayeur, son père, un gros avec une petite moustache, plaisante avec le vieille femme qui tient le bar.

"T'as de l'argent toi ? J'ai la flemme de chercher dans mes poches"
"Oui, j'ai assez pour nous deux j'pense, t'es lourd j'ai déjà payé l'entrée !"
"D'une part c'était ton idée, et d'autre part, c'était deux euros."
"Ils faisaient pitié aussi avec leur Express pourrie et leur mégaphone, même toi tu leur a fais coucou ! Sinon il y a du cidre, du coca et du rouge, t'as envie de quoi ?"
"COCA !"

Autour du bar, le silence était tombé, le moustachu arrivé au bout de toute conversation avec la foraine regardait son verre avec déception. En effet, celui ci arrivait à sa fin.
Le spectacle aussi, d'ailleurs, une rumeur d'enfants trop longtemps réduits au silence montait et s'approchait petit à petit. Il était temps de fuir pour ne pas subir.

"Je jure, mais un peu tard que l'on ne m'y reprendra plus !"
"Jure si tu veux, mais cons comme on est, rien n'est moins sur."

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