Nuit étoilée
J'effleurais, de Morphée, les doigts aguicheurs. Elle me soufflait doucement dans les cheveux et sur la nuque. Ou bien c'était le vent, mais qu'importe ? Je me serai laissé volontiers, dans l'oubli sombrer. Mais j'aimais bien trop à l'instant admirer mon Amour. Elle s'en était allée, pour une petite mort et sa sérénité lui ajoutait du charme. Elle avait à la bouche un sourire invisible et deux mèches échappées jouaient sur son nez. Ivre de fatigue et d'adoration j'avais lors l'impression d'être à la fois ici ou flottant gracieusement sous quelque astre bienfaisant.
C'est un peu ridicule, on me dira païen. Mais ma déesse est là allongée sous les arbres, sous ces sapins si hauts qu'ils nous sont des colonnes. Ils soutiennent cette nuit la coupole de mon temple. Et avec piété, je veille ma reine. Ses cheveux blond clairsemés d'épines, mettent parfaitement en valeur son rouge aux pommettes.
Oui tiens, d'ailleurs bien étrange ce rouge. Il est bien prononcé et très mal réparti. Il semble même y en avoir d'étalé sur son front. Je tends le bras pour mieux me rendre compte. Mais, tient !, non, c'est bizarre ! Je ne peux pas bouger ! Je suis là comme ligoté par du scotch bien serré. Je regarde vers mon corps mais seuls mes yeux savent remuer et je ne vois que mon aimée.
Ho, son bras ! Quel angle impossible ! Que lui a t'on fait, que nous arrive t'il ? J'essaye de l'appeler mais mon souffle est si pauvre, que se passe t'il plus bas, je ne sens rien sous le cou.
Par mon angoisse absorbé je n'avais remarqué les ombres incertaines qui autour s'affairent. Ma mie à côté est d'un tissu protégée.
Je voudrais remuer. Ma bouche est pâteuse et mes oreilles grondent. Ma vue est elle fiable ? Les sombres sapins se mettent à briller, du bleu au rouge, du rouge au bleu, ils ondulent presque.
Une ombre se penche devant mes yeux. Le décor chavire, ou c'est moi qu'on déplace ? Une clarté soudaine, un éblouissement écrasant.
Où es tu Morphée ? C'est une ambulance !
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