jeudi 2 octobre 2014

Soleil !

- R’mets moi la même, non, mais moi autre chose truc plus fort, un Ricard, c’est bien, ça, un Ricard, ça a le gout du soleil le Ricard, avec le temps qu’il fait on en a bien besoin d’un peu de chaleur ; j’avais jamais vu ça, d’la neige en octobre, y a plus de saisons, avant, en octobre, je me rappelle, on avait encore du soleil, jusqu’à la Toussaint, les vieilles vont fleurir les tombes aux derniers de soleil, en novembre à la limite, fin novembre on a déjà vu d’la neige, mais en octobre, t’y crois, toi, ça, de la neige c’est vraiment n’importe quoi cette foutue planète, ça s’détraque là-dedans, le soleil, les saisons, j’te dis que tout ça part en couille, c’est de pire en pire, y a même pas cinq ans, je dormais près de Montparnasse à cette saison, les gares c’est pas mal, il fait toujours bon, y a du passage, les touristes ça donne pas beaucoup mais avec le nombre, quand il fait trop froid, ils ont même plus le temps d’s’arrêter pour regarder, même pas pour un sourire, là, ils ont de la boue plein les chaussures, ils se cachent sous leurs écharpes et leurs bonnets et ils passent faire attention, ça vaut même pas la peine de trainer dehors par ce temps-ci, mais ça change pas tant que, quand j’y pense, cet été, c’était déjà pas terrible, pourtant on a eu beau c’t été, mais j’sais pas, c’est la conjecture comme ils disent dans les journaux, personne ne sait pourquoi mais l’économie aussi elle s’détraque, si ça s’trouve, c’est à cause de la planète, ça m’étonnerait pas que ça soit lié tout ça, de toute façon tout est lié, on nous le dit tout le temps, avec le chômage, l’automne, la neige, c’est normal qu’ils donnent plus les gens, ils ont trop de soucis à penser avec tout ça, ils ont peur tout le temps, déjà, ils ont peur qu’on les agresse, et puis ils ont peur des maladies, comme si on était des pouilleux mais c’est parce qu’ils ont peur pour leur travail, et leurs petites économies, c’est comme ça, ils ont plus le temps d’être heureux, alors donnez un p’tit coup d’main, t’imagines bien que c’est plus à l’ordre du jour, tu peux crever dans l’caniveau qu’ils s’en foutent tout pareil, tant qu’ils ont leur petit travail dans un petit bureau, après, y en a j’dis pas, ils sont utiles et puis y en a ils aiment leur travail, mais ça j’ai jamais compris, l’amour du travail, c’est pas mon truc, mais ceux qui veulent le faire, je leur crache pas d’ssus, on a besoin d’gens comme eux, vas-y, mets-en moi un deuxième, ça fait du bien, quand même le Ricard, ça réchauffe sacrément, bon Dieu, même les glaçons on les sent pas, après, c’est la faute du gouvernement quand même, j’veux pas tirer sur l’ambulance parce que c’est pas la forme là-haut, entre le scandale du président, et ce gros con d’premier ministre, enfin, j’aime pas parler de politique, parce qu’ça met la mauvaise ambiance, après on s’embrouille et on s’bat, mais c’lui là, j’l’aime pas, je sais pas pourquoi, j’l’aime pas, déjà quand il était maire j’pouvais pas l’saquer, c’est un fouille merde ce gars, tu vas voir, les affaires vont pas tarder à lui retomber d’ssus, enfin c’est pas ça qui va m’arranger, mais j’serai bien content d’le voir en taule c’lui là. Tiens, attends, j’ai deux, deux cinquante, deux cinquante-huit.

- T’en fais pas, je te les offre ; pour le rayon de soleil.

- Ah, ça ! C’est pas refusé ! Allez, salut !

- Bonjour, un scotch, s’il vous plait.


- Un scotch ? Y a que des putains d’bourgeois qui boivent du scotch ! Enculé !

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