- R’mets moi la même, non, mais
moi autre chose truc plus fort, un Ricard, c’est bien, ça, un Ricard, ça a le gout
du soleil le Ricard, avec le temps qu’il fait on en a bien besoin d’un peu de
chaleur ; j’avais jamais vu ça, d’la neige en octobre, y a plus de
saisons, avant, en octobre, je me rappelle, on avait encore du soleil, jusqu’à
la Toussaint, les vieilles vont fleurir les tombes aux derniers de soleil, en
novembre à la limite, fin novembre on a déjà vu d’la neige, mais en octobre, t’y
crois, toi, ça, de la neige c’est vraiment n’importe quoi cette foutue planète,
ça s’détraque là-dedans, le soleil, les saisons, j’te dis que tout ça part en
couille, c’est de pire en pire, y a même pas cinq ans, je dormais près de
Montparnasse à cette saison, les gares c’est pas mal, il fait toujours bon, y a
du passage, les touristes ça donne pas beaucoup mais avec le nombre, quand il
fait trop froid, ils ont même plus le temps d’s’arrêter pour regarder, même pas
pour un sourire, là, ils ont de la boue plein les chaussures, ils se cachent
sous leurs écharpes et leurs bonnets et ils passent faire attention, ça vaut
même pas la peine de trainer dehors par ce temps-ci, mais ça change pas tant
que, quand j’y pense, cet été, c’était déjà pas terrible, pourtant on a eu beau
c’t été, mais j’sais pas, c’est la conjecture comme ils disent dans les
journaux, personne ne sait pourquoi mais l’économie aussi elle s’détraque, si
ça s’trouve, c’est à cause de la planète, ça m’étonnerait pas que ça soit lié
tout ça, de toute façon tout est lié, on nous le dit tout le temps, avec le
chômage, l’automne, la neige, c’est normal qu’ils donnent plus les gens, ils
ont trop de soucis à penser avec tout ça, ils ont peur tout le temps, déjà, ils
ont peur qu’on les agresse, et puis ils ont peur des maladies, comme si on
était des pouilleux mais c’est parce qu’ils ont peur pour leur travail, et
leurs petites économies, c’est comme ça, ils ont plus le temps d’être heureux,
alors donnez un p’tit coup d’main, t’imagines bien que c’est plus à l’ordre du
jour, tu peux crever dans l’caniveau qu’ils s’en foutent tout pareil, tant qu’ils
ont leur petit travail dans un petit bureau, après, y en a j’dis pas, ils sont
utiles et puis y en a ils aiment leur travail, mais ça j’ai jamais compris, l’amour
du travail, c’est pas mon truc, mais ceux qui veulent le faire, je leur crache
pas d’ssus, on a besoin d’gens comme eux, vas-y, mets-en moi un deuxième, ça
fait du bien, quand même le Ricard, ça réchauffe sacrément, bon Dieu, même les
glaçons on les sent pas, après, c’est la faute du gouvernement quand même, j’veux
pas tirer sur l’ambulance parce que c’est pas la forme là-haut, entre le
scandale du président, et ce gros con d’premier ministre, enfin, j’aime pas
parler de politique, parce qu’ça met la mauvaise ambiance, après on s’embrouille
et on s’bat, mais c’lui là, j’l’aime pas, je sais pas pourquoi, j’l’aime pas, déjà
quand il était maire j’pouvais pas l’saquer, c’est un fouille merde ce gars, tu
vas voir, les affaires vont pas tarder à lui retomber d’ssus, enfin c’est pas
ça qui va m’arranger, mais j’serai bien content d’le voir en taule c’lui là. Tiens,
attends, j’ai deux, deux cinquante, deux cinquante-huit.
- T’en fais pas, je te les offre ;
pour le rayon de soleil.
- Ah, ça ! C’est pas refusé !
Allez, salut !
- Bonjour, un scotch, s’il vous
plait.
- Un scotch ? Y a que des
putains d’bourgeois qui boivent du scotch ! Enculé !
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