vendredi 17 octobre 2014

Prénom? Lionel.
Age ? 77 ans.
C'est vieux. Tu m'amuse encore dans la vie ?
Oui, franchement, oui. J'ai récemment, si l'on peut dire, décidé de me consacrer à ma passion, l'histoire de France. Je lis, j'écris, je suis profondément attaché à l’histoire notre pays.
T'étais ou l'Mercredi 22 septembre 2014 ?
Nous étions, Sylviane et moi, chez les Casadesus. Tous les mercredi, de juin à septembre, nous nous retrouvons pour écouter de l'Opéra.
C'est amusant, à Matignon, jamais on n'avait le temps, il y avait pourtant quantité d'enregistrements rares disponibles et les lieux s'y prêtaient. Pourtant, en cinq ans, jamais je n'ai pris le temps d'ouvrir cette armoire que l'on m'avait désigné comme contenant les dits enregistrements.
Ha. Et tu connais du monde sur l’île ? J'ai entendu dire que t'avais pas beaucoup d'amis. 
Et bien, dire que je n'ai pas beaucoup d'amis, c'est assez mal me connaitre. Vous savez, je n'ai pas à me justifier devant vous, mais j'ai beaucoup d'amis. Je n'ai pas le temps de tous les voir, et parfois, il m'arrive de préférer rester me reposer chez moi. Entre les différentes commissions gouvernementales et mes ouvrages historiques, je n'ai que peu de temps à moi. Sylviane, si elle était là, vous dirais à quel point je suis occupé.
Sylviane, ta femme. Quand l'as tu vue pour la dernière fois ?
Je dirais lundi ... ou mardi, je ne saurais dire, vous voyez, lorsque je suis plongé dans l'Histoire, je m'oublie, et parfois, j'oublie aussi le monde extérieur. Avant le... Avant la... Quand nous n'habitions pas sur l’île, il m'est arrivé d'oublier de manger et de donner des nouvelles pendant 2 jours. Je dormais, je travaillais et le temps restant je le consacrai exclusivement à mes lectures.
Quelles relations t'avais avec Mr Simoncini ? 
Aucune. Ce monsieur est vulgaire, c'est un rustre qui a fait fortune sur la mercantilisation de l'amour. Je ne méprise pas l'homme mais le personnage qu'il joue dans cette représentation qu'est notre économie, celui d'un homo œconomicus dégénéré qui n'a que trop sa place dans un monde où tricher, mentir, et voler a pour seule conséquence de pouvoir surveiller de plus loin les ennuis potentiels, juché sur son tas d'or. Ce n'est plus pour trente pièces d'argent que Judas (trésorier, je vous le rappelle) corrompt son âme, c'est pour des des milliards qu'une poignée de Judas en assassine des millions.
Ha. Et ta femme, elle en pensait quoi, elle de c'loustic ? 
Laurence, sa femme a un sens de la décoration intérieure exceptionnel ! Savez vous que la décoration "authentique" bien qu’évidement artificielle que vous pouvez observer est en grande partie due à des conseils que ma femme a reçu de Mme Simoncini. Elle n'étaient pas amies, mais entretenaient un lien de mutuel respect maintenu par de régulières rencontres dans les différentes boutiques de l’île. A ma connaissance, elle ne fréquentait le mari qu'en de rares occasion ou il n'était pas occupé à boire du scotch dans sa bibliothèque d'apparat en pensant à son capital qui augmente chaque minute que dieu fait, et qu'il daignait sortir de sa forteresse cathare pour aller faire ses courses à l'épicerie rue du Baron de Chantal.
Bien ... Qu'est ce que tu peux m'dire de la présence ton sosie en peignoir sur la photo de l’ambulance qui emmène le corps de Simoncini.
 Je n'ai pas eu connaissance de cette photographie.
Elle circule en boucle sur toutes les chaines d'information.
Je ne regarde la télévision.
Regarde cet homme, malgré la mauvaise qualité de la photo et le fait qu'il ne ne porte pas de costume, c'est toi nan ?
Non. Je ne souris que rarement. Cet homme exprime une telle joie que je ne pourrais ressentir à moins de célébrer quelque chose de fort, quelque chose d'important et avec une signification. Cette mort ne provoque en moi qu'un vague sentiment de déjà vu, c'est un nuage qui passe au dessus de moi et j'habite sur l’île de ré.




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