vendredi 23 janvier 2015

Techno.

- Il est mortel le son !
- Grave.

En vrai, il est pas mal ce son, mais pour être absolument honnête, il me dévisse un peu la tête. Ou alors c’est autre chose, mais j’ai l’impression que les basses m’oppressent. Boum, boum, boum ! Comme un gros coup de poing sur la table, pas content, boum, boum, boum ! Et il y a cette ligne électrique, ce truc strident et pointu qui s’enfonce dans ma tête, boom, tchac, comme un coup d’agrafeuse dans le tympan, un truc qui rentrerait par l’oreille, transpercerait tout avant de se replier à l’intérieur, tchac ! Et moi, je me sens au milieu, avec ce truc froid qui m’attaque régulièrement, très régulièrement, il n’y pas de variations dans la techno, juste ce boum tout le temps, jusqu’à l’avoir parfaitement digéré. 

- Ca digère des oreilles ?
- Quoi ?
- Je vais fumer une clope.

On n’entend jamais tout, mais on comprend quand même toujours assez pour un peu savoir ce qui se passe. Fumer une clope, assis, tranquille, assis, dans l’herbe, plus loin. C’est mouillé, c’est froid, mais assis, c’est pas grave. Plus loin, y a un bout de bois, genre tranche de tronc, c’est parfait, au moins je suis le cul dans la boue. C’est fou toutes les étoiles, on fait jamais attention, sauf là. D’ailleurs, c’est bizarre qu’on les voit, la dernière fois que j’ai levé la tête, il n’y avait que le noir gris des nuages à perte de vue. Là, c’est cool, je pourrais rester là un moment.

On ne dirait pas, mais il y a plein de temps qui passe. Et, il y a toujours cette musique d’arracheur de dents qui passe. La fraise qui torpille, le boum étouffé d’un marteau piqueur de dentiste, et un son indescriptible de souffrance en cri. Pourquoi je suis là ? Réflexion floue. Assez longue aussi, je dirais.

- T’as pas une clope ?

Ah oui, pour rouler une clope ! Le mec s’assoit à côté de moi, direct, sans réfléchir, sans regarder, il s’étale dans la flaque de boue. Il se relève, la gueule dépitée, il regarde ses fringues, frotte son pantalon, le dos de son blouson qu’il peut.

- Putain les boules ! qu’il dit : On dirait que je sors d’un marais. 
- La bête du Technival.
- Grave, le monstre des free party qui vient te chourer tes ecstasys.

Finalement, je roule une clope, je lui en file une.

- T’as pris quoi toi ?
- Un carton.
- Ah ouais, ça se voit, c’est pour ça que tu es assis sur une bûche ! 

Lui s’asseoir, il aurait pas tenu vingt secondes, déjà, en roulant, il n’arrête pas de gigoter, de bouger bizarrement.

- Et toi ? T’as pris du speed ?
- Ouais ! Grave ! Ca se voit ?

Tu parles que ça se voit, il n’a plus une dent avant les prémolaires. Mais il repart content vers les enceintes.

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