Chaque matin, en passant devant le magasin de télévision qui croisement de la rue des buissons ardents et du Philippe Boulevard, je ne pouvais empêcher ce terrible souvenir de revenir. Chaque matin, je me revoyais, à travers les énormes téléviseurs couleurs, mon visage gonflé de colère, passant du rouge au violet, ma main s'écrasant sur le visage moqueur de Jacques Martin, mettant soudain, enfin, terme aux affreux éclats de rire du public. Au montage, ils avaient modifié la réalité, j'étais passée pour l'obèse hystérique, la folle qui avait frappé l'animateur si sympathique, le gendre idéal des ménagères. Les clientes ne s'en étaient jamais remis, et la ligne printemps-été n'avait pas tardé à sombrer dans un interminable hiver. Chaque matin, depuis des années, en allant voir Catherine, ma psychologue, je me reprenais la grande humiliation dans le visage.
Pendant des mois, j'avais essayé de prendre d'autres chemins, plus long, mais il y avait des magasins de téléviseurs dans toutes les rues, partout, alors j'étais rapidement revenue à la route la plus courte. En m'arrêtant devant le feu, rouge, une idée me vint soudain à l'esprit : j'allais me venger de Jacques Martin !
Pour le prochain, le mot c'est regard.
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