jeudi 25 juin 2015

L'ascenseur a beau faire son travail d'ascenseur et surtout être l'une des rares choses à finalement  supporter mon poids dans ce monde de maigrelets à culs plats je n'arrive tout simplement plus à respirer dans un espace si étroit... Je suffoque et tout mon visage dégouline de sueur comme si on venait de tirer la chasse en Ontario pour faire en sorte que je me prenne le Niagara sur la gueule, ici; entre ces quatre foutus murs !

Je remplis mes poumons du peu d'air qu'il reste dans la pièce, puis me met face au miroir histoire de faire le point.

Mes yeux n'arrêtent pas de faire du va-et-vient entre ma tête et mes bourrelets comme si c'était encore et toujours moi le problème ! La vérité c'est qu'elle l'a bien cherché cette sombre conne ! Elle se prétend psy mais n'est même pas capable de choisir les bons mots. Plutôt que l'épaule, j'aurais dû lui ratisser les loches tiens ! Elle aurait réalisé ce que c'est que d'avoir du volume au niveau du nombril...

Je fixe maintenant mon regard dans la glace, celui-ci semble s'assombrir... Respires, respires... Respires et mesure donc ta chance Florence, tu revis enfin, débarrasses toi du superflue et vas à l'essentiel. Chaque acte est justifié, tout cela a du sens tant que cet enfoiré de Jacques Mar... Soudain, l'ascenseur s'arrête, perdue dans mes pensées je me retourne tout doucement et la porte s'ouvre laissant entrer tout un groupe d'enfants noirs de tous les âges... Ils s'engouffrent dans la pièce tel un banc de poissons... Tout un banc de poissons, mais des poissons noirs.

"-Eh oh ! Laissez moi descendre !"

Les deux plus grands d'entre eux, me tournent le dos puis me serrent contre le miroir, m'empêchant de bouger les rotules.

"De l'aiiiir bordel ! laissez moi sortir !"

L'un d'eux tourne sa tête vers moi et me regarde du coin de l'œil:

"Tais-toi la grosse marmite, ou j'te fais cracher tes raviolis !"

Tous se mettent à rire en me dévisageant brièvement. Les portes se referment et l'ascenseur qui venait de finir de descendre remonte maintenant me plongeant dans une colère prête à exploser telle une bombe branchée à un minuteur... Compactée dans un coin, alors que je suis sensée dominer le moindre espace de toute ma grandeur, subissant le mépris et les injures de la meute, tout mon corps bouillonne et mes cheveux se hérissent.

Forcément, Jacques Martin allait encore devoir attendre.


Prochain mot: Grizzly

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