vendredi 26 juin 2015

Trois ans plus tard, au même moment, dans un bar de la rue du Bois Nouveau, une femme à l'apparence rachitique dans un grand imperméable beige sirote un verre de whisky tout en passant la main dans sa tignasse.

A chaque fois qu'elle tend son verre à sa bouche, ses mains tremblotent faisant cliqueter ses fins bracelets en or et laissant tomber ses bagues le long de ses doigts osseux. Elle est assise là, au bout du bar comme plongée dans les ténèbres, seule avec le poison qui la soulage.

-"Va peut être falloir songer à se calmer sur la bouteille ma p'tite dame !"

Le barman la regarde en faisant un rictus tout en s'essuyant les mains.

La femme remonte son imperméable sur ses épaules puis d'un trait, termine son verre et le repose violemment sur le bar.

-"Si je puis me permettre, j'trouve que vous vous la jouez un peu trop... Allez, ça ira mieux demain !"

La tête rentrée dans les épaules, les cheveux descendant en cascade sur son visage, elle fait l'air de ne rien entendre et sort de l'établissement en marchant péniblement, prête à se rétamer sur le trottoir à tout moment. Dehors, c'est l'effervescence, plein de gens marchent blottis dans leurs manteaux d'hiver. A aucun instant elle regarde devant elle, seuls ses pieds sont sa raison d'être. Elle slalome entre les gens encore quelques pas, puis s'engouffre dans une ruelle pour atteindre la porte de son immeuble.

Elle claque la porte, se précipite ne manquant pas de faire raisonner ses talons contre les marches puis arrive enfin chez elle, l'appartement est sombre, un endroit parsemé de silhouettes où tout semble s'être figé dans le temps. La pièce principale s'illumine, elle marche d'une allure maladroite à travers elle tout en prenant soin d'éviter tout un bazar de vêtements et de détritus pourrissant sur place depuis trop d'années.

Elle finit par atteindre la salle de bain, laisse tomber son imperméable le long de son corps pour le laisser à même le sol. Elle se désape violemment, l'air énervée comme si tout le poids du monde s'abattait sur elle. Son visage bercé entre ses longs cheveux blonds ne laisse apparaître que de temps en temps ses traits d'agacements et des rides plus creuses que de l'écorce. Elle finit par être entièrement nue et commence à faire couler un bain. Elle prend une bouteille de bourbon laissée sur la cuvette des chiottes qu'elle avait déjà à moitié entamée la veille. Avant d'en boire une vive gorgée, elle se contemple dans le miroir. Son corps est squelettique, semblables à celui d'une momie mais recouvert de bleus, sans aucun doute dû aux innombrables chutes dans lesquelles l'on entraîné l'alcool.

Elle boit, puis re-boit pour apaiser sa douleur. Puis elle se penche tout en dégageant ses cheveux pour mieux observer son épaule gauche. Six petits trous y sont alignés, des petits points qui semblent signifier que tout cela a beaucoup trop duré...

-"Demain, j'arrête de boire" se dit-elle.

Elle pose la bouteille tout doucement sur le rebord du lavabo. Elle repense à Florence, sa patiente obèse qui avait ravagé son bureau telle une tornade il y a quelques années.

-"Cette grosse botte de foin... Je vais la travailler à la fourche !"


Prochain mot: Flamiche aux poireaux.

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