Calée entre deux coussins, fatiguée plus qu'apaisée, elle enlève ses chaussures à talons plats, enfile une paire des charentaises fantaisies, un peignoir à frange et allume la télévision. Au journal, ils parlent surtout de pauvreté, de guerre et de faim, et aussi d'hommes politiques, mais Florence ne s'intéressent pas trop à la politique, alors elle change de chaîne jusqu'à tomber sur une émission musicale, ce sont ces préférées. Lorsqu'arrive la pub, elle ne zappe pas, elle sait qu'elle devrait, mais elle aime trop les publicités ; ce sont les respirations de la télévisions, des moments de plaisir, de joie ; les couleurs sont toujours agréables, les gens ont l'air gentil, plus humain que ceux dans la rue. Et soudain, il y a cette grande blonde, une fille de Suède ou du Nord Pas de Calais, elle découpe une flamiche aux poireaux pour sa famille, ils ont l'air si heureux autour de leur maman si belle et si mince, avec ses petites hanches et ses petits poignets qui s'agitent à mesure qu'elle tranche dans la croustillante pâte légèrement dorée puis dans l'onctueuse crème dont s'échappe de fins lambeaux de poireaux.
L'envie qui la prend aussitôt, elle ne pourrait l'expliquer, il n'y a pas de mots pour la décrire à cette imbécile de Lacanienne ; tout n'est pas que concept, la vie ne se déroule pas que dans la tête, elle gronde à l'intérieur de son ventre, de sa poitrine, de ses mains crispées et tremblantes ; incapable de les contrôler, elle regarde sa main droite et sa main gauche se disputer les touches de la télécommande, qu'impossible à partager elles jettent, ensemble et avec violence à travers l'écran de la télévision.
Derrière l'écran, il y a des tubes, des tubes, derrière l'écran, il y a des tubes, alignés, parallèles, impeccables de droiture, et à leur vue, son estomac se contracte, son tube, à elle, digestif, épais, incontrôlable se remplit trop vite d'un liquide amer qu'elle ne parvient pas à retenir ; la blonde imbécile continue à parler au travers des deux enceintes du téléviseur pourtant brisée, et lorsque, d'une voix tellement fausse, elle s'exclame, miam, miam, miam, Florence ne peut se retenir de vomir sur la table basse.
Le prochain mot, c'est Avion.
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