mardi 9 septembre 2014

- Une haute forêt de sapins virgule, une haute forêt de sapins virgule, sombre et oppressante, virgule, je répète, une haute forêt de sapins sombre et oppressante, virgule, disputait son lit au fleuve gelé, disputait son lit au fleuve gelé, point. Dépouillés, de leur linceul, de neige, dépouillés de leur linceul de neige, par une récente tempête, par une récente tempête, les arbres se pressaient, se pressaient, les uns contre les autres, noirs et menaçants, dans la lumière blafarde du crépuscule. Dépouillés de leur linceul de neige par une récente tempête, les arbres se pressaient les uns contre les autres, noirs et menaçants dans la lumière blafarde du crépuscule

- Comment on écrit ça, là, « linceul » ?

- J’en sais rien moi. Comme « seul » j’pense, j’sais même pas ce que ça veut dire.

- Chut, elle arrive.

Les bruits de pas de l’institutrice se rapprochaient lentement depuis le fond de la salle de classe. Elle marchait à pas lent, faisant claquer les courts talons de ses chaussures sur le parquet de la salle classe. En passant devant Camille, elle jette comme à son habitude un regard méprisant mais amusé sur son cahier, soupire et reprend sa dictée.

- Le paysage morne, le paysage morne, virgule, infiniment désolé, infiniment désolé, virgule, qui s’étendait, s’étendait, jusqu’à l’horizon était au-delà de la tristesse humaine, point à la ligne. Je répète, le paysage morne, infiniment désolé qui s’étendait jusqu’à l’horizon était au-delà de.

- Ca veut rien dire son truc.

- Ça ne veut jamais rien dire les dictées, c’est complètement débile.
- Camille, tais-toi s’il te plait, laisse travailler ta voisine, s’exclame l’institutrice interrompant sa diction monocorde d’un cri autoritaire et insupportable d’aigu. Relisez vos cahiers !

Camille baisse la tête sur son cahier et se met à faire des petits points sur la table en attendant que la dictée reprenne.  Sa voisine n’arrête pas de tourner la tête vers Camille. Après un silence obéissant que seul son regard illuminé de malice vers la trousse dénonce, Camille chuchote malgré les remontrances :

- C’est quoi dans ta trousse ?

- C’est un dé à bétise !

- Tu me le feras voir à la récré ?

- Si tu veux.

- Trop bien ! Tu l’a eu où ?

- Dans le paquet de Frosties.

- J’adore les Frosties, mais mes parents ils disent que c’est trop sucré alors ils achètent toujours des Corn Flakes alors que j’aime même pas ça.

- Un peu de silence ! Si vous parlez c’est que vous avez fini de vous relire. L’institutrice est revenue près de Camille ; elle observe le cahier avec mépris, puis reprend : Maintenant, échangez vos cahiers avec votre voisin, on va passer à la correction. Son livre à la main, l’institutrice regagne son bureau, tire la chaise dans un raclement grinçant et s’y assoit. Prenez un crayon vert, vous avez dix minutes pour corriger la dictée de votre voisin. Et sans parler.

- Sapin, c’est in ou ain ? demande Camille à sa voisine.

- Bah c'est comme pain.

- Ca veut dire quoi blafarde ?

- Ca veut dire qu’ils parlent trop.

- Camille, qu’est-ce que j’ai dit ? explose l’institutrice avec colère.

- Euh… Le linceul de neige blafarde du sapin...

- J’en ai marre de toi, Camille ; elle regarde sa montre d’un air agacée. Tu vas aller faire un tour au coin, ça va t’apprendre à te taire. Et je ne veux plus rien entendre ; tu baisses les yeux et tu regardes tes baskets jusqu’à la récré. Si je te vois lever les yeux, tu copieras cent fois, je dois garder le silence en classe quand la maîtresse me le demande.


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