- Une haute forêt de sapins virgule, une
haute forêt de sapins virgule, sombre et oppressante, virgule, je répète, une
haute forêt de sapins sombre et oppressante, virgule, disputait son lit au
fleuve gelé, disputait son lit au fleuve gelé, point. Dépouillés, de leur
linceul, de neige, dépouillés de leur linceul de neige, par une récente tempête,
par une récente tempête, les arbres se pressaient, se pressaient, les uns
contre les autres, noirs et menaçants, dans la lumière blafarde du crépuscule.
Dépouillés de leur linceul de neige par une récente tempête, les arbres se
pressaient les uns contre les autres, noirs et menaçants dans la lumière
blafarde du crépuscule
- Comment on écrit ça, là, « linceul » ?
- J’en sais rien moi. Comme « seul »
j’pense, j’sais même pas ce que ça veut dire.
- Chut, elle arrive.
Les bruits de pas de l’institutrice
se rapprochaient lentement depuis le fond de la salle de classe. Elle marchait
à pas lent, faisant claquer les courts talons de ses chaussures sur le parquet
de la salle classe. En passant devant Camille, elle jette comme à son habitude un
regard méprisant mais amusé sur son cahier, soupire et reprend sa dictée.
- Le paysage morne, le paysage morne,
virgule, infiniment désolé, infiniment désolé, virgule, qui s’étendait, s’étendait,
jusqu’à l’horizon était au-delà de la tristesse humaine, point à la ligne. Je
répète, le paysage morne, infiniment désolé qui s’étendait jusqu’à l’horizon était
au-delà de.
- Ca veut rien dire son truc.
- Ça ne veut jamais rien dire les
dictées, c’est complètement débile.
- Camille, tais-toi s’il te plait, laisse
travailler ta voisine, s’exclame l’institutrice interrompant sa diction
monocorde d’un cri autoritaire et insupportable d’aigu. Relisez vos cahiers !
Camille baisse la tête sur son cahier
et se met à faire des petits points sur la table en attendant que la dictée
reprenne. Sa voisine n’arrête pas de
tourner la tête vers Camille. Après un silence obéissant que seul son regard illuminé
de malice vers la trousse dénonce, Camille chuchote malgré les
remontrances :
- C’est quoi dans ta trousse ?
- C’est un dé à bétise !
- Tu me le feras voir à la récré ?
- Si tu veux.
- Trop bien ! Tu l’a eu où ?
- Dans le paquet de Frosties.
- J’adore les Frosties, mais mes
parents ils disent que c’est trop sucré alors ils achètent toujours des Corn
Flakes alors que j’aime même pas ça.
- Un peu de silence ! Si vous
parlez c’est que vous avez fini de vous relire. L’institutrice est revenue près
de Camille ; elle observe le cahier avec mépris, puis reprend :
Maintenant, échangez vos cahiers avec votre voisin, on va passer à la
correction. Son livre à la main, l’institutrice regagne son bureau, tire la
chaise dans un raclement grinçant et s’y assoit. Prenez un crayon vert, vous avez
dix minutes pour corriger la dictée de votre voisin. Et sans parler.
- Sapin,
c’est in ou ain ? demande Camille à sa voisine.
- Bah c'est comme pain.
- Ca veut dire quoi blafarde ?
- Ca veut dire qu’ils parlent trop.
- Camille, qu’est-ce que j’ai dit ?
explose l’institutrice avec colère.
- Euh… Le linceul de neige blafarde du
sapin...
- J’en ai marre de toi, Camille ;
elle regarde sa montre d’un air agacée. Tu vas aller faire un tour au coin, ça
va t’apprendre à te taire. Et je ne veux plus rien entendre ; tu baisses
les yeux et tu regardes tes baskets jusqu’à la récré. Si je te vois lever les
yeux, tu copieras cent fois, je dois garder le silence en classe quand la
maîtresse me le demande.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire