Pour ce qui est de son enfance, mon ami Sam n'en n'avait que
des souvenirs heureux. Comme toujours elle avait des hauts et des bas, mais
jamais il n'avait vraiment osé s'en plaindre. Mais après tout pourquoi s'en
plaindrait-il? A part une scolarité désastreuse et quelques bons coups de pieds
aux fesses on ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il s'effondre en pleures en
nous en parlant... Sam a eu une enfance heureuse, et il aimait se le répéter,
tout le monde était d'accord pour le dire, et de nous tous, il était sûrement
l'un des rares à l'avoir bien vécu. Il disait qu'il fallait à tout prix qu'il
s'en souvienne, pour lui c'était importent pour qu'au moment où il devrait
faire le bilan de sa vie, cette partie puisse compter plus que les autres... Il
était comme ça le Sam, toujours à divaguer sur la vie, la mort et le peu qui
lui reste, à affirmer qu'on a le destin qu'on mérite et toutes ces conneries...
Autant vous dire qu'avec les autres on préférait souvent le laisser nager dans
son océan de délires et qu'on lui tapait simplement sur l'épaule en lui disant qu'la
mer est basse...
Mais au-delà de ça il restait mon préféré et de loin, sa
tête était visée sur ses épaules contrairement à d'autres plus étourdis comme
Louan, il était bien con Lou quand même... Enfin bref, Sam avait eu une bonne
enfance et ça nous faisait tous chaud au cœur de le voir en rire! Je me
souviens encore du jour où il nous racontait la construction de son train
électrique avec son père. Il avait pris soin de faire des montagnes en
papier-mâché pour que la vieille loco en dévale les pentes avec ses wagons de
cirque... C'était comme une luge multicolore qu'il disait, mais en plus long...
Fallait pas chercher trop longtemps à sonder l'esprit de Sam, il était toujours
en train de se ré-imaginer les choses ce gosse ! Je ne me souviens plus
trop d'ailleurs comment il regardait les gens qui circulaient ici et là, encore aurait-il fallu qu'il les regarde. Et pourtant, de temps en temps il voyait peut-être la mamie Yvette de la même manière que Lou la voyait,
comme un automate rouillé qui crache des pièces... Finalement, pour lui je crois que les
seuls automates qui traînaient sur le bitume c'étaient ceux qu'envoyait la
gendarmerie, une image qui avait fini par me convaincre ma foi... Mais bon, je
m'égare, car même si Sam voyait les choses à sa manière, il aimait aussi les
réinventer avec ses mains.
Son père avait réussi à créer un système de poulies dans sa
chambre permettant de suspendre au plafond le train et tout le décor qui
tenaient sur une grande planche de contreplaqué, le tout était maintenu par un nœud
coulant attaché au lit et le tour était joué. Un dimanche, Sam voulu
redescendre la maquette délicatement en détachant la corde pour la laisser
coulisser entre ses mains. Mais malheureusement, étant plus maladroit qu'un
manchot, il fît tout tomber brutalement sur le sol, surpris par le poids de
tout ce petit monde. Paniqué rien qu'à l'idée de voir son père entrer dans la
pièce et devenir rouge, il tenta naïvement de tout reconstruire dans la
précipitation, encastrant les rails les unes aux autres, recollant les arbres
tant bien que mal... Ses belles montagnes étaient quant à elles éventrées, mais
ce qui le tétanisa le plus était de voir comment la locomotive c'était
disloquée, les roues éparpillées sur le flock poussiéreux...
Le soir venu, il entendit son père remonter depuis le
garage, puis les escaliers menant au rez de chaussée, et enfin celui menant à
sa chambre... En ouvrant la porte, son père plein de cambouis vit son fils au
milieu de la pièce le fixant avec les bras croisés dans son dos.
-Tout va bien fils ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire